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Le VecteurConversations sur la santé mentale

Il est temps de recadrer la masculinité – une étape à la fois

Beyoncé et Kendrick chantaient les problèmes de l’Amérique tandis que notre camion roulait vers notre lieu de randonnée. Mon mari tenait le volant, avec sa jovialité habituelle. Il parlait de l’influence des mouvements historiques sur la musique. Il était 6 h 30. Mon mari est abominablement matinal et nous étions en route pour une randonnée de huit kilomètres, le long de l’escarpement de la Gatineau, au Québec.

Notre fils – qui n’est ni matinal ni particulièrement épris de randonnée – s’occupait de la musique sur la banquette arrière. Il était juste là pour gagner un pari.

De mon côté, malgré mon humeur plus taciturne, j’étais heureuse de partir en excursion. Mais je me méfiais de la dynamique qui était en train de s’installer entre le père et le fils. Les hommes peuvent être bizarres et compétitifs, même lorsqu’ils essaient d’être détendus.

Macho, Macho Man
Les comportements machistes ont commencé dans le stationnement, lorsque mon fils est sorti du camion avec un chandail et une tasse de café à la main.

Mon mari a dit : « Laisse ton chandail et ton café ici », ce qui a incité mon fils à prendre un air rebelle et à saisir sa tasse de café et son pull avec détermination. 

Avant que la dispute la plus stupide du monde n’éclate à propos d’un tricot et d’une tasse de voyage, j’ai lancé à mon mari : « Tu ne les porteras pas, alors laisse tomber. » Et à l’intention de mon fils, j’ai ajouté : « Il va faire chaud et il y aura des insectes – es-tu sûr de vouloir apporter tout ça? »

Pour éviter l’inévitable joute entre deux mâles alpha, je me suis immédiatement placée en tête de la file. C’est l’une des raisons pour lesquelles je pense que les hommes sont bizarres. Pourquoi est-il si important d’être le premier? Ce n’est pas une course. Aucun prix ne nous attend. Les normes sociétales ne rendent pas service aux hommes lorsqu’elles les incitent à se montrer dominants.

Mon fils ne sait absolument pas quelle direction nous devons suivre, et pourtant il est prêt à marcher en tête. Mon mari, qui m’encourage régulièrement à prendre les devants lorsque nous sommes tous les deux, veut soudain donner le rythme. Pas étonnant que la santé mentale des hommes soit dans un tel état, me dis-je en observant cette scène… Comment aller demander de l’aide quand on est convaincu d’avoir toutes les réponses?

Oui, je sais, on ne peut pas mettre tous les hommes dans le même sac. Mais les statistiques en disent long et on ne peut les ignorer.

Au Canada, 12 personnes se suicident chaque jour – Statistique Canada en dénombre jusqu’à 4 500 par an – et le taux de suicide des hommes est trois fois plus élevé que celui des femmes.

Selon les études de la Commission de la santé mentale du Canada, par rapport aux hommes de la population générale, les hommes autochtones présentent des taux plus élevés de comportement suicidaire – ce qui englobe les idées suicidaires, les tentatives de suicide et les décès par suicide. Les tentatives de suicide sont dix fois plus nombreuses chez les jeunes hommes inuits que chez les jeunes hommes non autochtones et, par rapport aux hommes hétérosexuels, les hommes appartenant à une minorité sexuelle (tels que ceux qui s’identifient comme gais, bisexuels ou queers) sont jusqu’à six fois plus susceptibles d’avoir des idées suicidaires.

Un homme, ça ne pleure pas
Mon mari est brillant à bien des égards, y compris pour ce qui est de taire les choses importantes qui lui arrivent. Mais je commence à me demander si le stoïcisme dont lui-même et nos amis masculins font preuve n’est pas le symptôme d’une sorte de blocage des émotions, que les hommes apprennent dès l’enfance par la socialisation. Des problèmes de santé? Ils disparaîtront d’eux-mêmes. Des problèmes au travail? Pas grave. Des problèmes familiaux? Oubliez ça.

Si l’on y réfléchit bien, les statistiques ne sont pas surprenantes. Les hommes vivant dans des milieux où ils se sentent obligés de correspondre à certaines normes, comme la force, la solidité et l’autonomie peuvent entretenir des croyances négatives au sujet de la santé mentale. Les hommes qui adhèrent fortement à ces normes pourraient avoir plus de difficulté à reconnaître les signes de la maladie mentale chez eux-mêmes et chez les autres et être moins enclins à recourir à des services de santé mentale.

Il faudrait donc commencer par recadrer la « masculinité » pour que les émotions puissent être reconnues et exprimées et pour inciter les hommes à rechercher de l’aide.

Sur l’île du Cap-Breton, une nouvelle génération d’hommes de la Première Nation Eskasoni apprend cette leçon. GuysWork, un programme de la Nouvelle-Écosse lancé en 2012, offre un espace sûr pour parler des aspects toxiques de la masculinité. Des animateurs masculins discutent de différents sujets avec des groupes d’adolescents, par exemple, des soins de santé, des ressources en santé mentale, de la violence entre partenaires intimes et des clés d’une relation saine. Par ailleurs, le coffret Cards of Masculinity de NextGenMen présente 50 questions audacieuses sur des thèmes comme l’objectification sexuelle et la culture des aventures sexuelles, afin de faciliter des discussions sérieuses sur les croyances et les comportements des garçons.

Ces organismes s’efforcent de changer l’image d’une masculinité périmée – une masculinité qui suscite un sentiment d’isolement chez les hommes et qui les laisse incapables d’exprimer leurs émotions et réticents à demander de l’aide lorsqu’ils en ont besoin.

Ces efforts collectifs contribuent à déstigmatiser la maladie mentale chez les hommes, à accroître la qualité de leurs relations avec les fournisseurs de soins de santé et à ouvrir de nouvelles voies pour créer des relations interpersonnelles plus satisfaisantes.

Les programmes axés sur les activités réalisées côte à côte (p. ex., le camping, le sport, l’art, la mécanique automobile) plutôt que sur une thérapie en face à face axée sur la conversation pourraient aider à alimenter la discussion.

Prochaines étapes
Mais revenons à notre randonnée. Mon mari indique le chemin qu’il préfère, celui qui monte sur une pente rocailleuse. Évidemment, mon fils en préfère un autre, plus difficile. Non, aucun sens caché ici.

Nous l’avons tiré du lit pour faire une randonnée, car nous étions inquiets : il a besoin de s’activer pour se remettre en forme physiquement et mentalement. Alors, mon mari a parié avec lui qu’il ne pourrait pas se lever assez tôt pour nous accompagner.

Mon mari avait l’habitude de courir pour se maintenir en forme, mais il a dû arrêter à cause d’une série de problèmes de santé. J’ai commencé à m’inquiéter pour lui. Je suppose qu’il s’inquiétait aussi. Puis nous avons découvert que, s’il ne pouvait plus courir, il pouvait faire de la randonnée. Alors le monde a changé. Courir dans le quartier, c’était bien, mais faire de la randonnée dans la forêt, c’était transformationnel.

Mieux encore, la randonnée est une activité que mon mari et moi pouvons pratiquer ensemble. Certaines de nos conversations les plus agréables et les plus enrichissantes ont eu lieu sur un sentier. Nous avons parlé de problèmes professionnels tout en admirant des trilles sauvages et résolu des questions profondément personnelles en regardant passer un cerf de Virginie. Parler nous fait du bien et nous pousse à réfléchir davantage.

Deux heures plus tard, alors que le sentier tire à sa fin, mon fils est en tête, chandail autour de la taille et tasse à café encore pleine. Et nous sommes tout sourires.

Ressource : La santé mentale et le suicide chez les hommes au Canada – Faits saillants

Autres lectures : Tisser des liens malgré les difficultés : L’ABC des soins de santé mentale pour les personnes ACN

Auteure : , CHE, est membre de l’équipe du marketing et des communications à la Commission de la santé mentale du Canada.
Illustration : Holly Craib
Les points de vue et les opinions exprimés dans cet article appartiennent uniquement à l’auteur(e) et ne représentent pas nécessairement les politiques officielles de la Commission de la santé mentale du Canada.

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