Au-delà du souvenir
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Enfant, j’ai grandi avec un fort sentiment d’identité. Mes parents m’ont appris ce que cela signifiait d’être Autochtone sans jamais avoir à m’en excuser et m’ont aidée à composer avec les difficultés qui découlent du fait d’être une enfant autochtone dans le système scolaire public. Ce n’est toutefois qu’à l’âge adulte que j’ai compris à quel point mon enfance était exceptionnelle. Les enfants autochtones de la génération qui m’a précédée, comme mon père, ont vécu une expérience très différente de leur propre identité et de leur rapport au système d’éducation. Mon père est un survivant des externats indiens et la preuve vivante de la résilience des peuples autochtones.
Ces paroles sont celles de ma fille, Ziigwen Mixemong. Elles me remplissent de fierté, mais aussi d’une profonde tristesse.
Le 30 septembre a été désigné Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, une journée où la population canadienne se rassemble pour se souvenir du génocide perpétré dans le cadre du système des pensionnats indiens. C’est une occasion de rendre hommage à la force de celles et ceux qui ont survécu à ces établissements, mais aussi pour commémorer et pleurer celles et ceux qui ne sont jamais rentrés chez eux.
Le système des pensionnats indiens a été créé dans le but d’éradiquer et d’assimiler de force les communautés autochtones, en séparant les enfants de leur communauté et en leur enseignant que leur identité autochtone était une tare. Les violences sexuelles, physiques, psychologiques et affectives étaient monnaie courante dans ces écoles, comme en témoignent les récits bouleversants des survivants et de leurs familles. Je n’oublierai jamais ma tante qui, essayant de me transmettre ses récits afin que je puisse contribuer à sensibiliser les gens, m’a dit : « Nous n’étions que des enfants, et c’est ce que le Canada jugeait acceptable pour débarrasser le pays des Indiens. »
Les tantes, les oncles et même les cousines et cousins de Ziigwen ont été arrachés à leur famille. Son père a fréquenté un externat indien, créé exactement dans le même but. Aujourd’hui encore, les communautés autochtones sont aux prises avec les traumatismes intergénérationnels découlant de décennies de violence. On oublie souvent, tant les atrocités subies par ces enfants étaient effroyables, à quel point le fait de leur enlever leur identité a été destructeur. Lorsque l’identité d’un enfant lui est retirée, des pans entiers de son sentiment de soi restent manquants. Il dispose de peu de moyens pour guérir et n’a aucun modèle de bienveillance et de soutien à transmettre à ses propres enfants.
Le 30 septembre, Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, nous oblige à regarder en face cette sombre partie de l’histoire du Canada afin de trouver, d’une manière ou d’une autre, le chemin vers la réconciliation. Ce sont les survivants qui ont établi les 94 Appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, dans la perspective d’une nation réconciliée. On a délibérément évité de qualifier ces « appels à l’action » de recommandations, car le moment de formuler des recommandations est désormais révolu. L’Appel à l’action no 80 demandait la création d’une journée nationale de commémoration, non seulement pour honorer les souffrances des survivants, mais aussi celles des générations qui, contrairement à ma fille, n’ont jamais eu la chance d’apprendre à être « Autochtones sans jamais avoir à s’en excuser ». Ils ont pris nos enfants et les ont brisés.
Je ne sais pas comment composer avec la terrible tristesse que suscite cette journée. Je vois combien de personnes cherchent à s’instruire sur cette réalité afin de rétablir un certain équilibre dans notre histoire, notre présent et notre avenir. Cela me donne de l’espoir : l’espoir que tous les enfants autochtones grandiront en étant fiers d’eux-mêmes et de ce qu’ils ont à offrir. J’espère que le Canada saura s’élever au-dessus de l’horreur de cette partie de son passé, non pas en l’oubliant, mais en rendant hommage à celles et ceux qui en portent encore les séquelles.
Ressources :
La Ligne d’écoute nationale de Résolution des questions des pensionnats indiens– 1-866-925-4419
Société des suivants de pensionnats indiens – 1-800-721-0066 (en anglais seulement)
Ligne d’écoute d’espoir pour le mieux-être – 1-855-242-3310
Pour en savoir plus sur le Système des pensionnats autochtones, veuillez consulter le Centre pour la vérité et la reconciliation
Author: Kelly Brownbill’s spirit name, Wabunnoongakekwe, means Woman Who Comes from the East and she is proud to be Waabizhashi Dodem, Marten Clan. She is a member of the Flat Bay community of the Mi’kmaq Nation in Newfoundland, and of the Three Fires Midewiwin Lodge. As an educator on Indigenous issues, she has conducted countless cultural awareness training sessions across a broad range of service sectors including key staff from both the provincial and federal governments. She guides organizations in forging more respectful and equitable relationships with Indigenous communities and agencies.