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Étant donné que les renseignements diffusés dans l’écosystème des médias sur le mieux-être ne sont pas tous fournis par des cliniciens qualifiés ou fondés sur des données scientifiques évaluées par des pairs, il est facile de se perdre dans le tourbillon des affirmations relatives à l’innocuité et à l’efficacité des thérapies psychédéliques. Ce document donne une vue d’ensemble d’un domaine complexe et en pleine évolution, dans le but de répondre clairement aux questions fréquemment posées.
Une partie de l’espoir suscité par les psychédéliques provient du fait que plusieurs substances psychédéliques font actuellement l’objet de recherches en tant que traitements pour toutes sortes de problèmes, allant des symptômes de la ménopause aux troubles liés à l’usage de substances. Cependant, la question est loin d’être résolue. Bien que les collectivités autochtones utilisent ce mode de guérison depuis des millénaires et que les recherches occidentales sur les psychédéliques aient débuté dans les années 1950, il est difficile d’obtenir des réponses définitives.
La majorité des chercheurs et des cliniciens canadiens travaillant dans le domaine des psychédéliques et de la santé mentale se concentrent aujourd’hui sur l’une des trois modalités suivantes : la psychothérapie standard à haute dose assistée par les psychédéliques, un protocole moins connu appelé thérapie psycholytique et le microdosage de psychédéliques.
Lancée en Saskatchewan dans les années 1950 par des cliniciens expérimentant le diéthylamide de l’acide lysergique (LSD) pour traiter les troubles liés à la consommation d’alcool, la thérapie assistée par les psychédéliques (PaT) repose sur l’idée que la thérapie conventionnelle par la parole (conversation) peut être accélérée par l’administration d’une seule dose de ce puissant psychédélique.
Les protocoles varient mais, bien que deux thérapeutes soient généralement présents lors de l’expérience psychédélique, le véritable « travail » se fait avant, lors des séances de préparation, et après, lors des séances d’intégration. L’expérience psychédélique est souvent considérée comme un catalyseur plutôt que comme le traitement lui-même.
La thérapie psycholytique a été mise au point en Angleterre à peu près en même temps que la PaT et, de la même manière, elle combine la psychanalyse et le LSD. Cependant, au lieu d’une seule séance à forte dose, elle prévoit généralement plusieurs séances comportant de faibles doses d’une substance psychédélique et, notamment, la thérapie a lieu pendant l’expérience psychédélique.
Le terme « psycholytique » signifie « relâchement de l’esprit », évoquant une version plus douce de l’expérience psychédélique « maximale » que l’on peut ressentir en prenant une dose complète de LSD.
Des doses encore plus faibles sont utilisées dans les protocoles de « microdosage », qui n’ont commencé à susciter l’intérêt des chercheurs que depuis une dizaine d’années. Comme son nom l’indique, les personnes absorbent des doses extrêmement faibles d’hallucinogènes – pas assez pour ressentir une perte des capacités – sur une base semi-régulière dans l’espoir d’améliorer leur humeur, leur bien-être général, leur niveau d’énergie et d’atténuer l’anxiété. Comme il s’agit de l’approche thérapeutique la plus récente des trois, il existe moins de données probantes sur son efficacité.
Il existe environ 300 espèces de champignons de psilocybine (champignons contenant un composé psychédélique, la psilocybine) qui poussent à l’état sauvage sur tous les continents, à l’exception de l’Antarctique. Lorsqu’elle est traitée par le corps humain, la psilocybine se transforme en « psilocine », qui est responsable des visions, des hallucinations, des distorsions spatio-temporelles et de l’euphorie qui caractérisent l’expérience.
Les termes « ayahuasca » et « diméthyltryptamine » (DMT) sont parfois (à tort) utilisés de manière interchangeable, car la DMT est souvent considérée comme le principal composé psychoactif de l’ayahuasca, un mélange de deux plantes (ou plus) de la forêt amazonienne utilisé comme médecine spirituelle et traditionnelle dans les collectivités autochtones de ces régions depuis au moins 3 500 ans.
La combinaison de ces plantes est la clé de leurs propriétés curatives et psychédéliques, puisque les inhibiteurs de la monoamine-oxydase A (MAO-A) présents dans l’une des plantes débloquent essentiellement la puissance du DMT (présent dans l’autre plante) lorsqu’ils sont ingérés par voie orale. Alors que certains chercheurs se sont concentrés sur l’extraction du DMT pour son potentiel thérapeutique, d’autres pensent que l’ayahuasca est plus forte que ses composantes.
Lorsque le chimiste suisse Albert Hofmann a synthétisé pour la première fois le LSD à partir de l’ergot (un autre champignon) en 1938, il espérait créer un médicament qui aiderait à stimuler les systèmes circulatoire et respiratoire. Mais, comme Hofmann l’a découvert lorsqu’il en a ingéré accidentellement lui-même, il a créé une puissante substance psychoactive qui allait jouer un rôle important dans le développement de la thérapie assistée par les psychédéliques.
Techniquement parlant, la kétamine n’est pas un « psychédélique », mais un « anesthésique dissociatif » aux effets psychoactifs, disponible légalement sur ordonnance. La recherche sur la kétamine se concentre sur un certain nombre de sujets, notamment la douleur chronique et les troubles dépressifs majeurs.
En 1968, le LSD et la psilocybine ont été inclus dans la Loi réglementant certaines drogues et autres substances (LRCDAS) au Canada. Quatorze ans plus tard, en 1982, la criminalisation de la possession, de la production et de la vente des champignons eux-mêmes a été approuvée par la Cour suprême.
À l’exception de la kétamine et des exemptions pour « usage religieux » de l’ayahuasca et d’une source spécifique de mescaline (le cactus peyotl), les substances couramment utilisées dans les thérapies psychédéliques sont toutes illégales et répertoriées dans la LRCDAS.
Bien que de nombreux acteurs du secteur de la santé, qu’il s’agisse de praticiens ou de chercheurs, expriment leur souhait de voir ces substances plus largement disponibles, le cadre réglementaire entourant les substances psychédéliques s’est avéré complexe, en raison de leur nature non conforme aux médicaments traditionnels. Tout d’abord, ces médicaments sont souvent considérés comme des compléments de thérapie et leur efficacité ne dépend pas uniquement de leurs propriétés chimiques. Deuxièmement, les psychédéliques ont été utilisés à des fins spirituelles, thérapeutiques et récréatives, ce qui leur confère un profil de substance unique. De nombreuses parties prenantes qualifient le processus d’approbation et de réglementation des substances psychédéliques de processus complexe.
Au moment de la rédaction de ce texte, les psychédéliques ne pouvaient être obtenus que de l’une des trois façons suivantes : une exemption en vertu de l’article 56 de Santé Canada; au moyen du Programme d’accès spécial ou en tant que participant à un essai clinique.
De quoi s’agit-il? « L’article 56 est une clause de notre Loi réglementant certaines drogues et autres substances qui permet au ministre de la Santé, ou à un haut fonctionnaire de la Santé, d’exempter toute personne ou catégorie de personnes de l’application de toute disposition de la Loi (réglementant certaines drogues et autres substances) », explique Spencer Hawkswell, président et directeur général de TheraPsil, une organisation de thérapie et de formation psychédélique ayant des bureaux à Toronto et à Vancouver.
Il souligne qu’en août 2020, la ministre de la Santé (2019-2021) Patty Hajdu a fait le premier usage connu de l’article 56 pour les psychédéliques en accordant à quatre patients atteints de cancer en phase terminale l’accès à la psilocybine pour les aider à faire face à la détresse de fin de vie.
Une autre possibilité pour obtenir des psychédéliques aux fins de traitement est le Programme d’accès spécial, qui a été utilisé traditionnellement pour donner aux patients l’accès à des médicaments capables de sauver des vies qui ne sont pas disponibles au Canada.
Pour obtenir un accès spécial, les thérapeutes ou les chercheurs doivent présenter un dossier à Santé Canada, qui prend des décisions au cas par cas pour les patients présentant un état grave ou qui met leur vie en danger et n’ayant pas répondu aux traitements disponibles.
La troisième option pour accéder à la thérapie psychédélique consiste à s’inscrire à un essai clinique qui évalue l’innocuité et l’efficacité des substances psychédéliques. Santé Canada autorise les chercheurs à accéder à des quantités limitées de plusieurs médicaments prometteurs aux fins de la recherche.
Cependant, l’intégration à un essai clinique peut s’avérer plus complexe qu’il n’y paraît, car ces études se concentrent souvent sur l’efficacité d’un traitement pour une pathologie spécifique ou pour une population donnée.
Bien que de nombreux cliniciens et chercheurs expriment un vif enthousiasme quant aux promesses de ces thérapies, leurs espoirs ont été significativement renforcés par l’influence des médias sociaux, des balados dédiés au mieux-être et d’une abondance de documentaires disponibles sur les plateformes de diffusion continue. Dans certains de ces documentaires, les psychédéliques sont présentés comme un remède miracle et (ou) une panacée.
Comme l’explique la Dre Emma Hapke, psychiatre au Réseau universitaire de santé et directrice associée de la recherche en psychothérapie psychédélique du RUS, « de plus en plus de gens entendent parler des psychédéliques dans les médias, mais ont du mal à y accéder par l’intermédiaire du système de santé publique, donc ils essaient par eux-mêmes. Mes collègues constatent une augmentation des visites aux urgences psychiatriques en raison d’expériences difficiles avec les psychédéliques. »
Bien qu’une relation de cause à effet n’ait pas été établie, une recherche publiée (en anglais) en novembre 2024 et menée par l’ICES, l’Hôpital d’Ottawa, le département de médecine familiale de l’Université d’Ottawa et l’Institut de recherche Bruyère, a révélé un lien entre les personnes ayant consulté les urgences après avoir pris des hallucinogènes et un risque plus élevé de développer la schizophrénie.
La Dre Emma Hapke déclare : « Je crois qu’il est important de mettre en œuvre des stratégies visant à réduire les méfaits, afin que les personnes soient conscientes des risques, notamment si elles prennent des hallucinogènes de leur propre initiative. »
Bien que de nombreuses personnes abordent le microdosage de la même manière qu’elles prendraient des suppléments, il est essentiel de comprendre que cette pratique peut s’avérer plus complexe qu’elle ne le semble.
« Lorsque l’on parle de “microdose”, il s’agit d’une très, très petite dose. », explique Rotem Petranker, directeur du Centre canadien de la science psychédélique. « Mais qu’est-ce que cela signifie exactement? Nous ne le savons pas, car il n’existe pas de définition cohérente. »
Parmi les options de microdosage les plus courantes, les champignons de psilocybine sont sans doute ceux qui sont le plus souvent utilisés. Monsieur Petranker met en lumière les défis uniques posés par le microdosage de cette substance, notamment en raison de la répartition non uniforme du composé psychoactif dans la chair du champignon. « Il est possible que deux personnes partagent le même champignon, et que l’une d’elles présente des effets hallucinogènes intenses, tandis que l’autre reste complètement sobre », explique-t-il.
Il ajoute également que, bien qu’il n’existe aucune preuve empirique démontrant que l’utilisation régulière de psilocybine provoque une cardiotoxicité, certains chercheurs émettent des réserves à ce sujet et recommandent aux personnes qui en consomment de faire des pauses entre les périodes de microdosage.
Il y a actuellement trois grands projets de recherche financés par le gouvernement fédéral qui étudient la psilocybine au Canada.
Dans un contexte où la désinformation est omniprésente, il s’avère relativement facile de trouver des sources fiables sur les psychédéliques et la santé mentale. Selon la Dre Dominique Morisano, psychologue clinicienne et professeure adjointe à l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto et à l’Université d’Ottawa, un point de départ prometteur serait le site Web d’une conférence qu’elle a cofondée en 2022, intitulée « De la recherche à la réalité : Sommet mondial sur les thérapies et les médicaments assistés par les psychédéliques ».
La Dre Morisano souligne qu’il existe de nombreuses autres sources fiables, notamment des articles de magazines et de journaux crédibles tels que The Atlantic et le New York Times, ainsi que les revues et les associations énumérées ci-dessous (en anglais) :