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Le Vecteur

Lorsque j’ai appris que Carolyn Bennett avait été nommée première ministre de la Santé mentale et des Dépendances du Canada, j’ai éprouvé une profonde gratitude.

Évidemment, je me réjouis de l’attention croissante portée à la santé mentale et à l’usage de substances, une attention dont la portée et l’intensité ont augmenté au cours des deux dernières années. J’étais tout aussi reconnaissant de me faire une nouvelle alliée qui pourrait aider à répondre à la question qui nous anime tous à la Commission de la santé mentale du Canada (CSMC) : Comment pouvons-nous soutenir au mieux les Canadiens en ces temps difficiles?

Le mois dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer la ministre au cours d’une entrevue virtuelle pour aborder cette question et bien d’autres.

Adopter une approche holistique
Au début de notre conversation, il n’en a pas fallu longtemps pour constater que, même si la ministre Bennett est nouvelle dans ce rôle, elle maîtrise bien le sujet. Lorsque je lui ai demandé quelle idée fausse sur la santé mentale elle aimerait le plus corriger, elle a répondu sans hésitation.

« Tout le monde doit comprendre la différence entre la santé mentale et la maladie mentale », m’a-t-elle dit. « Lorsque le Dr Brock Chisholm (Premier directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, de 1948 à 1953) a dit qu’il ne pouvait pas y avoir de véritable santé physique sans la santé mentale, il avait raison. Nous ne pouvons pas parler de la santé physique sans tenir compte des aspects mentaux, émotionnels et spirituels du bien-être d’une personne. »

Ayant une longue carrière de médecin de famille avant de faire son entrée en politique, la ministre Bennett détient une profonde compréhension du lien inextricable entre la santé mentale et la santé physique. Elle sait aussi bien ce qui se passe lorsque ce lien est négligé.

« En travaillant dans le domaine de la médecine familiale, on entend parler des difficultés auxquelles les gens font face tous les jours », dit-elle. « Je me souviens avoir consulté des rapports médicaux sur un patient, qui de toute évidence, était aux prises avec des problèmes familiaux et autres, mais aucun de ces éléments n’y était souligné. Le cardiogramme ou l’indice de masse corporelle d’une personne ne donne pas une image complète de son état de santé. » Une telle approche décousue, a-t-elle ajouté, contribue à la stigmatisation qui entoure la maladie mentale.

Heureusement, a-t-elle dit, que la COVID-19 nous a donné une nouvelle occasion d’apporter un changement pour le mieux. La maladie ayant lourdement impacté la santé physique et la santé mentale des gens, elle a également mis en évidence l’intersection entre les deux.

« Avec la pandémie de COVID, les mentalités ont évolué et les gens admettent davantage qu’ils éprouvent des difficultés », explique-t-elle. « Si ne serait-ce qu’une personne sur deux arrive à parler lorsque sa santé mentale se détériore, cela réduirait la stigmatisation et nous serions bien mieux placés pour aborder les problèmes à long terme. »

Ouvrir de nouvelles portes aux soins
Bien évidemment, tout comme la ministre Bennett s’est empressée de le souligner, la stigmatisation n’est qu’une pièce du casse-tête. De plus, pour répondre aux besoins nouveaux et existants en matière de santé mentale au Canada, l’innovation et la coopération sont de mise à tous les niveaux.

Le modèle de soins par paliers 2.0, dont la mise en œuvre et la promotion ont été dirigées par la CSMC, est un bon exemple d’une telle innovation. Il offre la forme de soutien la plus simplifiée jugée appropriée qui permet de « passer » au niveau supérieur ou inférieur selon les besoins. À Terre-Neuve-et-Labrador, le modèle a contribué à une réduction de 68 % des temps d’attente pour les services de santé mentale, et la ministre Bennett espère un taux de réussite similaire dans les autres provinces.

« Dans les établissements postsecondaires, par exemple, ce ne sont pas tous les étudiants qui ont besoin d’avoir accès aux services d’un psychologue », a-t-elle expliqué. « Ils peuvent obtenir l’aide dont ils ont besoin au moyen d’une orientation appropriée ou d’un conseil par les pairs. »

Dans un autre exemple, la ministre a cité une étude portant sur 40 femmes ayant besoin d’un soutien en matière de santé mentale périnatale. Parmi ces 40 femmes, seulement deux répondaient aux critères déterminant la nécessité d’avoir accès aux services d’un psychiatre spécialisé en périnatalité.

« Les provinces et les territoires ont accueilli avec enthousiasme ce modèle. Ils font un excellent travail en collaborant et en apprenant les uns des autres pour mettre en œuvre ce type de programmes et faire progresser notre compréhension dans de nombreux domaines », a-t-elle déclaré, soulignant leur objectif commun de développer des soins qui tiennent compte du facteur culturel et des traumatismes. « Ils collaborent au-delà des frontières pour s’échanger les meilleures idées et les améliorer encore davantage. »

L’enthousiasme des provinces et des territoires soulève la question que certains se posent depuis la création du poste de ministre de la Santé mentale et des Dépendances. Quelle serait la position la plus efficace du gouvernement fédéral dans l’équation des soins de santé?

« La prestation des soins de santé relève d’une compétence provinciale ou territoriale. Toutefois, nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir au niveau fédéral pour alléger la charge. La santé, notamment la santé mentale, est une responsabilité partagée entre tous les niveaux de gouvernement », a-t-elle déclaré.

L’un des meilleurs exemples pour illustrer cela est l’intervention rapide du gouvernement fédéral pour parer aux répercussions de la COVID-19 sur la santé mentale au moyen de Espace Mieux-être Canada, un portail en ligne offrant des ressources gratuites en santé mentale, allant de cours autodirigés au soutien en cas de crise. À ce jour, ce portail, qui a été conçu en se basant sur le Modèle de soins par paliers 2.0, a été utilisé par environ 2,2 millions de personnes au Canada. 

La ministre est également enthousiaste à l’égard de l’autre rôle du gouvernement fédéral dans l’amélioration de la santé mentale, un rôle qui commence à l’interne.

« Tous les services du gouvernement font face à des défis en matière de santé mentale », a-t-elle dit, incluant « Anciens combattants, Service Correctionnel Canada, Services aux Autochtones Canada, la GRC. Comment ainsi devenir un employeur exemplaire? Nous devons être en mesure de prendre soin de notre propre personnel et de joindre le geste à la parole en matière de santé mentale. »

Miser sur une force externe
Lorsque nous avons abordé le sujet de la prise en charge de sa propre santé mentale, les commentaires de la ministre Bennett réaffirmaient une grande partie de nos connaissances sur les facteurs de protection.

Elle parle de l’importance du lien social, exprime sa gratitude pour son excellente équipe de travail et pour son partenaire, Peter, qu’elle décrit comme son principal soutien. « Même si je travaille toute la nuit pendant trois jours d’affiliée, il me saluera toujours quand je rentre à la maison comme si j’étais Gretzky après un tour du chapeau ».

Elle parle également d’activité physique, décrivant des promenades avec son labrador jaune, Ripley, sous le couvert magique des arbres du sentier Beltline de Toronto. Une partie de son passe-temps est consacrée comme pour préparer un devoir pour les Oscars, ce qui est normal, puisque son mari travaille dans l’industrie cinématographique.

Enfin, elle parle de la paix qu’elle trouve dans la nature, notamment lors de ses visites à la baie Géorgienne. « J’ai besoin de regarder ce point où le ciel rencontre l’eau et de constater que l’eau a un aspect différent à chaque fois », a-t-elle confié. « Être capable de voir quelque chose de plus grand que soi, quelque chose que l’on ne peut pas contrôler, est un bon rappel que les plans peuvent changer. »

C’est exactement cette philosophie que la ministre espère contribuer à transmettre à la population canadienne pendant et après cette période de pandémie.

Tracer la voie à suivre
« Il y a deux types de vaccins importants pour les Canadiens et les Canadiennes en ce moment », a-t-elle dit. « L’un consiste à se prémunir contre la COVID-19, et l’autre contre l’incertitude. »

Elle fait ici référence à la fois à la pandémie et à d’autres problèmes mondiaux, tels que le changement climatique, qui augmentent nos niveaux de stress et d’anxiété.

« La résilience consiste à reconnaître que votre journée ne va pas se dérouler exactement comme vous l’aviez prévu dans votre agenda, et à apprendre à l’accepter », a-t-elle dit. « Nous devons offrir aux gens les outils nécessaires pour développer ce type de résilience et d’autonomie lorsque les choses ne se déroulent pas comme prévu. »

« J’espère aussi que nous serons davantage en mesure de tendre la main à ceux qui ont des difficultés, à ceux qui ne semblent pas être eux-mêmes. La pandémie de COVID nous a appris que nous pouvons être ensemble tout en maintenant une certaine distanciation. Comment pouvons-nous tirer parti de cette situation pour renforcer la résilience et montrer aux gens qu’ils ne sont pas seuls? »

Répondre à cette question à l’échelle nationale est au cœur du mandat ambitieux de la ministre, qu’elle est prête et désireuse de remplir.

« Notre objectif est de mettre en place une stratégie en matière de santé mentale dans laquelle chacun peut se reconnaître. Cela signifie qu’il faudra se tourner vers les normes nationales et établir des attentes minimales sur lesquelles s’appuyer », a-t-elle expliqué. « Nous nous assurerons que l’argent destiné à la santé mentale sera affecté à la santé mentale au moyen de transferts et nous consulterons davantage de recherches et nous recueillerons plus de données dans le cadre de ce processus. Comprendre ces résultats sera essentiel pour prendre les meilleures décisions à l’avenir. »

À plus long terme, la ministre espère contribuer à la mise en place d’un système de soins plus cohérent.

« Nous luttons depuis longtemps contre cette mosaïque de non-systèmes. Comment faire en sorte d’intégrer complètement la santé mentale dans les systèmes de santé? Cela ne peut pas représenter le secteur de telle ou telle profession », a-t-elle déclaré. « Nous devons sortir d’un secteur aux limites strictes et nous orienter vers des compétences de base extensibles. C’est ainsi que nous créerons un moyen plus moderne et plus efficace de fournir aux Canadiens et aux Canadiennes les services dont ils ont besoin quand ils en ont besoin. »

Il s’agit d’un défi de taille, mais la ministre Bennett a passé sa carrière à prouver qu’elle ne craint pas les défis.

« Nous pouvons le faire », a-t-elle dit. « Les Canadiens et les Canadiennes comptent sur nous. »

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