La neurodivergence décrit la variation naturelle de la façon dont les cerveaux humains se développent et fonctionnent. Comprendre et accepter les différences neurologiques est essentiel pour bâtir une société plus inclusive et solidaire pour tous.
Que signifie « neuroatypique » ?
Formes courantes de neurodivergence
La neurodivergence englobe un large éventail de différences neurologiques. Parmi les plus couramment reconnus, on trouve :
Trouble du spectre de l’autisme (TSA)
Une large gamme de différences dans la communication sociale, le traitement sensoriel et les schémas de comportement ou d’intérêt. L’autisme est un spectre — deux personnes autistes ne sont pas forcément identiques. La prévalence de l’autisme chez les enfants et les jeunes Canadiens est passée à environ 1 sur 44.
TDAH
Le trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité affecte la concentration, le contrôle des impulsions et le niveau d’activité. Cela peut se présenter comme un trouble d’inattention, d’hyperactivité-impulsivité, ou une combinaison des deux. Le TDAH touche les personnes de tous âges et de tous genres.
Dyslexie
Une différence d’apprentissage qui affecte principalement la lecture, l’orthographe et le traitement du langage. Les personnes dyslexiques possèdent souvent de solides capacités créatives, de résolution de problèmes et de pensée globale.
Dyspraxie (TDC — trouble développemental de la coordination)
Le trouble du développement de la coordination affecte la coordination motrice et la planification. Cela peut également affecter l’organisation, la mémoire et le traitement sensoriel.
Dyscalculie
Une différence d’apprentissage qui affecte la capacité à comprendre et à travailler avec les nombres et les concepts mathématiques.
Syndrome Gilles de la Tourette
Une affection neurologique caractérisée par des mouvements ou des vocalisations répétitifs et involontaires appelés tics. Le syndrome de la Tourette coexiste souvent avec le TDAH ou le TOC.
Schizophrénie
Une condition complexe qui affecte la façon dont une personne pense, ressent et perçoit le monde. Bien que parfois considérée dans le cadre plus large de la conversation sur la neurodivergence, la schizophrénie est également une condition sérieuse de santé mentale qui bénéficie de soins et de soutien spécialisés.
Autres différences
La neurodivergence est un terme général. Certaines personnes associent également à cet ensemble des particularités telles que des différences de traitement sensoriel et l’hyperlexie, entre autres.
La neurodivergence n’est pas synonyme de déficit. Bien que les personnes neuroatypiques puissent être confrontées à de réels défis, notamment dans des environnements conçus pour les personnes neurotypiques, la neurodivergence s’accompagne également de forces et de particularités qui lui sont propres. L’objectif n’est pas de « réparer » les personnes neuroatypiques, mais de bâtir des systèmes et des communautés qui fonctionnent pour toutes et tous.
Forces et perspectives
Les personnes neuroatypiques contribuent de manière unique à leurs familles, à leurs milieux de travail et à leurs communautés, en y apportant une grande diversité de forces et de talents. Bien que chaque personne soit unique, certaines forces sont fréquemment observées, notamment :
Pensée créative
Aborder les problèmes sous des angles nouveaux et inattendus, et trouver des solutions originales
Forte capacité de concentration
Une concentration intense et une expertise approfondie dans les domaines qui suscitent un intérêt particulier
Capacité à repérer les schémas et les régularités
Remarquer des liens, des tendances et des détails qui peuvent échapper à d’autres personnes
Honnêteté et franchise
Communication claire et directe et un fort sens de l’équité
Résilience
Évoluer dans un monde qui n’est pas toujours conçu pour leurs besoins peut renforcer leur capacité d’adaptation et leur détermination
Perspectives uniques
Voir le monde sous un angle différent peut favoriser l’innovation et enrichir la diversité des perspectives
L’inclusion ne se limite pas à l’adaptation — il s’agit de reconnaître que la diversité des esprits renforce nos communautés, nos milieux de travail et nos institutions.
La dissimulation: un effort invisible
De nombreuses personnes neuroatypiques pratiquent la « dissimulation », en faisant délibérément des efforts pour dissimuler ou réprimer leurs traits neuroatypiques afin de se conformer aux attentes sociales. Cela peut impliquer d’imiter les comportements neurotypiques, de réprimer les stimulations, de forcer le contact visuel ou de préparer soigneusement les conversations.
La dissimulation est souvent une réponse inconsciente face à des environnements où être « différent » a entraîné des expériences négatives — telles que l’intimidation, l’exclusion ou le malentendu. Bien que cela puisse aider les personnes à gérer les situations sociales à court terme, la recherche montre régulièrement que le fait de « se dissimuler » de façon prolongée a un impact significatif sur la santé mentale et le bien-être.
Le prix à payer de la « dissimulation »
- Épuisement et burnout causés par l’effort constant de réprimer les comportements naturels
- Augmentation de l’anxiété, de la dépression et des sentiments d’isolement
- Perte du sentiment d’identité et de l’authenticité personnelle
- Diagnostic retardé, car les symptômes sont cachés aux fournisseurs de soins de santé et aux autres
- Difficulté à reconnaître ses propres besoins et limites
Se défaire de la « dissimulation » prend du temps. Apprendre à enlever le masque — pour pouvoir exprimer pleinement qui l’on est — est un processus qui se fait progressivement. Il n’y a pas de délai requis. Créer des environnements sûrs et accueillants à la maison, à l’école et au travail est l’une des choses les plus importantes que les communautés peuvent faire pour soutenir les personnes neuroatypiques dans leur capacité à être elles-mêmes.
Comment soutenir une personne qui fait semblant
- Créez des environnements où les différences sont accueillies, et non simplement tolérées
- Éviter de pousser les personnes à établir un contact visuel, à réagir de manière attendue ou à réprimer leurs comportements d’autorégulation
- Écouter sans jugement et respecter le rythme et les besoins de la personne neuroatypique
- S’informer sur la neurodivergence en donnant une place centrale aux voix des personnes neuroatypiques et à leur expérience vécue
- Plaider en faveur de politiques inclusives dans les écoles, les lieux de travail et les établissements de santé
Santé mentale et neurodivergence
La neurodivergence et la santé mentale sont liées, mais distinctes. Être neuroatypique n’est pas une maladie mentale — cependant, les personnes neuroatypiques présentent des taux plus élevés de conditions de santé mentale concomitantes, notamment l’anxiété, la dépression et d’autres.
Ce n’est souvent pas une conséquence inévitable de la neurodivergence elle-même, mais plutôt une conséquence de la navigation dans un monde qui n’a pas été conçu en tenant compte des personnes neuroatypiques. Les expériences d’exclusion, de malentendus, d’intimidation et d’épuisement causé par le fait de se cacher peuvent toutes contribuer aux défis en matière de santé mentale au fil du temps.
Troubles concomitants courants
Anxiété
Il existe de nombreuses preuves d’un taux plus élevé d’anxiété chez les personnes ayant l’autisme, la dyspraxie et le TDAH. Les sensibilités sensorielles, les pressions sociales et les exigences de dissimulation peuvent toutes y contribuer.
Dépression
Les sentiments d’isolement, les échecs répétés dans des environnements qui ne répondent pas à ses besoins, et l’effort de dissimulation chronique peuvent accroître le risque de dépression.
Épuisement
L’épuisement autistique et l’épuisement lié au TDAH sont des expériences réelles et distinctes — des périodes d’épuisement profond, de retrait et de diminution des capacités pouvant résulter d’une surcharge prolongée.
TOC et tics
Le trouble obsessionnel-compulsif et les tics coexistent fréquemment avec l’autisme et le TDAH, et peuvent nécessiter une évaluation et un soutien spécialisés.
Obtenir le bon soutien est important. Le soutien en santé mentale pour les personnes neuroatypiques fonctionne mieux lorsqu’il est adapté à leurs besoins spécifiques et dispensé par des professionnels ayant de l’expérience de la neurodivergence. Un diagnostic — qu’il s’agisse d’une neurodivergence, d’une condition de santé mentale ou des deux — peut constituer une étape importante pour accéder aux soins appropriés.
Atteint(e) de schizophrénie
La schizophrénie touche environ 1 Canadien sur 100 et se caractérise par des expériences telles que des hallucinations, des délires et une pensée désorganisée. Bien qu’elle soit parfois abordée dans le cadre plus large de la conversation sur la neurodivergence, il s’agit également d’une condition sérieuse de santé mentale qui bénéficie de soins spécialisés, y compris la médication, la thérapie et le soutien communautaire.
Les personnes vivant avec la schizophrénie peuvent mener des vies significatives et épanouissantes — surtout lorsqu’elles ont accès à un traitement approprié et à une communauté de soutien. Réduire la stigmatisation et accroître la compréhension sont essentiels pour rendre cela possible.
La neurodiversité sur le lieu de travail
Inclusion en milieu de travail
De nombreuses personnes neurodatypiques font face à d’importantes barrières en milieu de travail — allant des processus d’embauche qui favorisent les styles de communication neurotypiques aux bureaux à aire ouverte qui créent une surcharge sensorielle, en passant par des attentes de performance qui ne tiennent pas compte des différentes façons de travailler. En parallèle, les employés neuroatypiques apportent une valeur immense aux organisations lorsqu’ils sont correctement soutenus.
Créer un milieu de travail neuroinclusif n’est pas seulement la bonne chose à faire — c’est aussi bénéfique pour les organisations. Les équipes diversifiées, qui incluent des personnes neuroatypiques, sont meilleures en matière d’innovation, de résolution de problèmes et de perception des défis sous plusieurs angles.
À quoi ressemble la neuroinclusion
Modalités de travail flexibles
Offrir des options telles que le télétravail, des horaires flexibles et des environnements de travail variés aide les employés neuroatypiques à donner le meilleur d’eux-mêmes.
Communication claire
Fournir des instructions par écrit, décomposer les tâches en étapes claires et faire des suivis réguliers réduisent l’ambiguïté et favorisent la réussite.
Mesures d’adaptation sensorielles
Des espaces calmes, un éclairage fluorescent réduit, des écouteurs antibruit et d’autres ajustements peuvent considérablement réduire la surcharge sensorielle.
Recrutement inclusif
Repenser les formats d’entrevue, fournir les questions à l’avance et se concentrer sur les compétences plutôt que sur la performance sociale sont autant de moyens d’ouvrir des portes aux candidats neuroatypiques.
Éducation et sensibilisation
Former les gestionnaires et les collègues à la neurodiversité favorise la compréhension, réduit la stigmatisation et crée une culture où chacun peut s’épanouir.
Sécurité psychologique
Créer un environnement où les employés neuroatypiques se sentent en sécurité pour divulguer leurs besoins et demander des aménagements, sans crainte de jugement ni de sanction.
Les mesures d’adaptation sont un droit. Au Canada, les employeurs ont une obligation légale d’adapter le milieu de travail pour les employés ayant un handicap — y compris les employés neuroatypiques — jusqu’à la limite de la contrainte excessive. Si vous êtes un employé neuroatypiques, vous avez le droit de demander des aménagements en milieu de travail.
Trouver de l’aide
Que vous veniez d’être diagnostiqué, que vous exploriez la possibilité d’être neuroatypique ou que vous souteniez une personne qui vous est chère, il existe plusieurs voies pour trouver l’aide appropriée.
- Parlez à votre médecin de famille ou à un spécialiste : Une évaluation formelle peut apporter de la clarté et ouvrir des portes vers des services, des aménagements et du soutien.
- Connectez-vous avec les organismes communautaires : De nombreuses organisations à travers le Canada offrent du soutien par des pairs, de la défense des droits et des ressources spécifiquement destinés aux personnes neuroatypiques et à leurs familles.
- Privilégier une thérapie affirmative de la neurodiversité : Cherchez des professionnels de la santé mentale ayant de l’expérience de la neurodivergence et adoptant une approche axée sur les forces et valorisante.
- Trouvez votre communauté : Établir des liens avec d’autres qui vivent des expériences similaires — en personne ou en ligne — peut réduire l’isolement et offrir un soutien pratique.
- Défendez vos intérêts : Apprendre vos droits en matière d’éducation, d’emploi et de soins de santé est une étape importante pour obtenir le soutien que vous méritez.
Vous n’avez pas besoin d’un diagnostic pour demander de l’aide. Si vous avez des difficultés, contacter un professionnel de la santé mentale ou une organisation communautaire est une démarche valide et utile, que vous ayez ou non un diagnostic formel.
Si vous êtes en situation de crise
Si vous vivez une crise en santé mentale ou avez besoin d’un soutien émotionnel immédiat, de l’aide est disponible à toute heure du jour ou de la nuit.
9-8-8
Composez ou textez le 9-8-8 pour joindre la Ligne d’aide en cas de crise de suicide du Canada, accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en français et en anglais.
Ressources et lectures complémentaires
Les ressources suivantes offrent des informations supplémentaires et du soutien pour les personnes neuroatypiques, leurs familles et ceux qui souhaitent en savoir plus :
Une histoire personnelle explorant ce que signifie la neurodivergence, et un rappel que l’inclusion ne consiste pas à faire entrer les gens dans des structures existantes — il s’agit de remodeler ces structures pour respecter les droits de la personne, la dignité et la différence.
Une exploration de la dissimulation et du camouflage chez les personnes neuroatypiques — ce que c’est, pourquoi cela se produit et pourquoi il est important de créer des espaces où l’authenticité peut s’exprimer.
Des témoignages à la première personne sur le vécu de la schizophrénie, qui contribuent à déconstruire les préjugés et à mettre en lumière l’importance de la communauté, des soins et de la compréhension.