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Le VecteurConversations sur la santé mentale

Quitter un partenaire intime violent nécessite un réseau de soutien

La veille du jour où j’ai mis fin à ma relation, je ne vous aurais pas cru si vous m’aviez dit que j’étais victime de violence conjugale. En y repensant, je comprends que plusieurs raisons et facteurs complexes étaient impliqués, comme la façon dont les personnes vivant la violence (physique, mentale ou émotive) peuvent normaliser leur situation.

« Ce n’est pas si terrible, les choses vont s’améliorer quand il obtiendra cette promotion, trouvera un meilleur emploi ou reviendra de ce voyage… » Vous voyez ce que je veux dire. Si vous attendez que la situation s’améliore, le risque de la voir se détériorer davantage, par des épisodes d’abus plus fréquents et plus violents, ne fait que croître.

Je comprends aussi que normaliser la situation est un mécanisme de défense tout à fait habituel. Il peut être difficile d’accepter que vous vivez une situation qui met votre vie en danger. J’en sais quelque chose, parce que je l’ai moi-même vécu. Mais la normalisation peut vous garder coincé dans un contexte dangereux, surtout si votre partenaire est manipulateur. Ces personnes sentent quand vous prenez vos distances ou songez à les quitter. Elles redoublent alors d’efforts afin de reprendre leur emprise sur vous, que ce soit par une ambiance de lune de miel, des fleurs ou de grandes démonstrations d’affection.

J’ai enduré deux années d’abus avant de me réveiller un matin en sachant que je devais mettre fin à ma relation, coûte que coûte. C’est comme si mon instinct de survie venait de se réveiller après avoir sommeillé pendant des mois. Bien que j’avais songé plusieurs fois à partir et même menacé de le faire en quelques occasions, les choses avaient changé. J’avais soudain compris avoir atteint le point de non-retour.

Les gens qui n’ont jamais vécu de telles expériences se demandent pourquoi les personnes en pareille situation choisissent de rester ou ont peine à partir. Je ne crois pas qu’il y ait de réponse facile à cette question. Souvent, l’agresseur exerce un contrôle très strict sur l’autre, sur ses finances, sur ses enfants et sur la dynamique familiale.

Le sentiment de honte est aussi un facteur important. Il est très courant dans de telles relations de ressentir de la honte de subir et de supporter l’abus. Une personne abusée s’imputera souvent le blâme, parfois de façon inconsciente. Et les partenaires violents blâment souvent la personne abusée pour leur propre comportement.

L’abus est beaucoup plus fréquent que vous ne pourriez le penser, sans égard à l’âge, au genre, à la culture, à la nationalité et au statut socioéconomique. Pour une personne aux prises avec l’abus et tous les dilemmes qu’il entraîne, le problème peut sembler insoluble en soi. L’agresseur a défini et affirmé les règles de la relation et la personne qui souhaite la fin de l’abus n’y voit pas d’issue. En fait, il n’y en a pas. Pas avant qu’elle ne franchisse le point de rejet de toute la dynamique de pouvoir et qu’elle n’accepte les conséquences de son départ. Et ces conséquences peuvent être lourdes. Parfois, les personnes qui fuient une situation d’abus ressentent une perte à plusieurs niveaux : matériel, social, émotif et personnel.

La famille et les amis se disent souvent surpris lorsqu’ils se rendent compte de l’abus. Bien que ce soit en partie dû au silence et à l’isolement alimentés par la honte, la plupart du temps, c’est parce que l’agresseur fait de grands efforts pour contrôler son image, sa réputation et la trame narrative de la relation. En dépit de ces efforts, l’abus laisse presque toujours des indices. Mais les gens ne les reconnaissent habituellement pas, ou choisissent de les négliger ou de ne pas en tenir compte.

Une question d’instinct
Mon partenaire abusif était un grand manipulateur, insensible, égocentrique et contrôlant. Une des façons dont il contrôlait la trame narrative de notre relation était en remettant constamment en question mon engagement. Même après avoir aménagé avec lui et lui avoir prêté de grosses sommes d’argent, il se plaignait fréquemment de mon « manque d’engagement ». Il se décrivait comme une victime de mon égoïsme indifférent.

Blâmer ainsi la victime est une arme de prédilection pour les partenaires abusifs. Un autre mécanisme qui consiste à déformer la vérité est surnommé « gaslighting », d’après le film Gaslight (Hantise en français). Dans ce film, une jeune épouse est manipulée par son mari qui lui fait croire qu’elle perd la raison. Dans une relation troublée, ce terme fait allusion à la manipulation et à l’abus émotionnels si intenses que le partenaire commence à douter de son propre sens de la réalité. C’est un moyen de conserver le contrôle sur la relation et de conserver l’accès aux ressources comme l’argent, l’affection, l’attention, l’énergie, la validation, l’admiration et le respect.

Le jour où je me suis réveillée et où j’ai décidé de partir, je devais trouver un moyen de maintenir le cap. Je savais aussi que je risquais de perdre mon sang-froid et ma détermination. Bien que j’étais capable de reconnaître ma fragilité et mon instabilité émotionnelle, j’avais de la difficulté à penser clairement (un effet psychologique du traumatisme constant). Mais c’était le moment ou jamais. Je devais agir rapidement, car mon partenaire s’apercevrait rapidement de quelque chose. Je n’avais pas la possibilité d’appeler un numéro 1-800 ou de faire une recherche sur Google. Si vous m’aviez dit qu’il me fallait un plan d’urgence, je n’aurais pu vous offrir qu’une page blanche. Tout ce que je savais, c’était que je devais quitter, car ma vie en dépendait. Pour cette raison, je suis passée en mode survie, ce qui m’a permis de formuler un plan et de le mettre en action.

J’ai pris quelques journées de congé au travail (j’avais réussi à conserver une carrière prospère malgré ma situation) et j’ai commencé à chercher un appartement à louer. Bien que j’aie réussi à obtenir le premier appartement convenable que j’ai trouvé, celui-ci n’était pas disponible immédiatement. J’ai donc loué un espace d’entreposage pour mes affaires et une chambre d’hôtel pour moi tout en pensant : Comment une personne ayant moins de moyens que moi pourrait-elle gérer tout ça?

Pour les plus gros articles, j’ai réservé des déménageurs pour une journée où mon partenaire était au travail. Mais mon plan a connu un raté. Au lieu d’informer la compagnie de déménagement que je fuyais une relation abusive, je leur ai simplement dit que ce serait un petit déménagement. J’ai commis une grossière erreur en supposant qu’ils se présenteraient à l’heure convenue; ils sont arrivés avec quatre heures de retard. J’ai donc dû laisser la plupart de mes choses, enfin presque tout ce que je possédais, derrière.

Comment offrir de l’aide
Si vous connaissez (ou si vous soupçonnez) une personne de vivre ce type de situation dangereuse, la meilleure façon d’aider est d’offrir d’écouter. Il est aussi important de le faire de façon sincère. Ne vous contentez pas de l’offrir une fois et de disparaître. Persistez. Avec une personne victime d’abus, il faut parfois plus d’une tentative pour qu’elle se confie à vous. En agissant comme un simple passant et en évitant d’agir, vous pourriez involontairement contribuer à l’abus. Si vous voyez quelque chose, dites quelque chose.

Un partenaire abusif peut faire preuve de colère ou avoir un tempérament explosif et imprévisible. Il peut vous blâmer pour ses poussées de violence et vous blesser physiquement (ou menacer de le faire), vous, lui-même, ou les membres de votre ménage, y compris les enfants et les animaux. Il peut vous humilier ou vous rabaisser en insultant votre apparence, votre intelligence ou vos intérêts. Il peut tenter de vous humilier devant d’autres personnes et tenter de détruire vos biens ou des objets auxquels vous tenez. Il peut surveiller tout ce que vous faites, insister pour que vous répondiez immédiatement à tous ses textos, courriels et appels et exiger de connaître vos mots de passe sur les médias sociaux, le courriel ou d’autres comptes.

Comment reconnaître les indices d’abus chez une personne de votre entourage :

  • La personne vérifie constamment l’heure et est attendue à la maison à une heure précise.
  • La personne est toujours en communication par texto ou téléphone avec son partenaire quand ils ne sont pas ensemble.
  • La personne consulte toujours son partenaire avant de prendre une décision.
  • La personne devient distante quand vous communiquez avec elle.
  • La personne perd son intérêt pour les passe-temps et les activités.
  • La personne ressent de la tristesse inexplicable, accompagnée de pleurs ou de colère.
  • La personne fait tout en son pouvoir pour que l’agresseur fasse bonne figure.
  • La personne cesse de s’occuper de ses propres besoins mentaux, émotionnels, physiques et spirituels.
  • La personne prend ses distances de votre amitié, n’appelle plus, ne vous visite plus et coupe la communication.
  • La personne ne participe plus aux événements sociaux et aux réunions familiales.

Si la sécurité d’un(e) ami(e) vous préoccupe, restez en contact. Afin de garder les voies de communication ouvertes, évitez d’éveiller les soupçons de l’agresseur. Vous pouvez convenir de mots de code secrets que vous utiliserez dans vos conversations afin de vous aider à communiquer de façon plus sécuritaire. Demandez à votre ami(e) quel est son moyen favori pour le (la) rejoindre. Il est important de disposer d’un canal de communication sûr, car dans bien des cas, la personne se trouve à proximité de l’agresseur qui pourrait surveiller les conversations. Demandez à votre ami(e) s’il est préférable de communiquer par texto plutôt qu’au téléphone ou sur une plateforme ou une appli spécifique. Apportez-lui du soutien et croyez ce qu’elle vous dit. Rassurez la personne en lui disant qu’elle n’est pas seule et qu’il existe de l’aide et du soutien. Sachez reconnaître qu’il peut être difficile pour elle de parler de l’abus. Si elle souhaite en parler, écoutez attentivement et soyez empathique.

Les seize jours
La Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes, le 6 décembre, sert à commémorer celles qui ont vécu la violence fondée sur le sexe. Elle sert aussi à passer à l’action. Tous les 6 décembre, les gens de tout le Canada sont invités à se souvenir des 14 femmes assassinées à l’École Polytechnique de Montréal ce jour-là en 1989 et à leur rendre hommage, pendant les 16 jours d’activisme contre la violence fondée sur le sexe, du 25 novembre au 10 décembre.

Renseignez-vous
Consultez le plan ministériel de Femmes et Égalité des genres Canada : Il est temps : la Stratégie du Canada pour prévenir et contrer la violence fondée sur le sexe.

Consultez le programme ACT (sensibilisation, collaboration et outils) de Humane Canada (en anglais seulement), qui offre des services de planification et de soutien pour la sécurité des femmes avec animaux (de compagnie, de ferme ou de service) aux prises avec la violence fondée sur le sexe.

Ressources
Comment reconnaître les signes d’abus : Foire aux questions : Quels sont les signes d’une relation abusive?, d’ONU Femmes.

Services de soutien dans tout le Canada par la Fondation canadienne des femmes.

Auteure : [Nom confidentiel] continue de réfléchir et de partager son expérience vécue afin de sensibiliser à la violence conjugale.
Les points de vue et les opinions exprimés dans cet article appartiennent uniquement à l’auteur(e) et ne représentent pas nécessairement les politiques officielles de la Commission de la santé mentale du Canada.

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