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Le VecteurConversations sur la santé mentale

Un terme plus large permet de saisir la grande diversité au sein des communautés. Pourquoi utilisons-nous « ACB » au lieu de « Noir »?

Cet article fait partie de la série « Le choix des mots est important » dans Le Vecteur.

Au début de 2021, la Commission de la santé mentale du Canada a modifié ses lignes directrices linguistiques et a commencé à utiliser les termes « Africain, Caribéen et Noir » (ACB) pour désigner les membres de la diaspora qui étaient souvent regroupés sous l’appellation « Noirs ». Avant ce changement, le terme « Noir » s’appliquait de manière générale à toute personne à la peau foncée, quels que soient son patrimoine ou son identité culturelle. Imaginez les différences d’expériences et de perceptions entre un Néo-Écossais Noir dont la famille vit au pays depuis plusieurs générations et un nouvel arrivant de Gambie.

Bien que ma famille soit originaire de la Barbade, je suis née à Londres (Angleterre) et j’ai grandi à Montréal. Je m’identifie comme une femme Noire, une Canadienne et une Caribéenne, et je ne ressens aucun conflit entre ces titres croisés. À d’innombrables reprises, des gens ont tenté de m’altériser par des commentaires ou des questions que l’on appelle maintenant des microagressions. « Vous parlez si bien », m’a dit un jour l’un d’entre eux, surpris comme si, malgré le fait que je fréquente les mêmes écoles et reçoive la même éducation que les autres depuis l’âge de trois ans, le fait d’être Noire allait miner mes apprentissages. Ma préférée demeure la question suivante : « D’où venez-vous vraiment? », car Montréal et Londres ne correspondent pas à la réponse attendue.

Language Matters

Mes origines caribéennes m’ont souvent servi de refuge face à cette insistance à croire que je n’étais pas Canadienne. J’imagine que pour les personnes qui sont nées et qui ont grandi au Canada, dont les parents et les grands-parents ont le même vécu qu’eux, ces questions seraient plus que frustrantes. Si vous pouvez passer toute votre vie dans un endroit, être scolarisé dans les mêmes écoles que vos concitoyens, manger la même nourriture qu’eux et être quand même considéré comme un étranger, c’est comme si vous étiez resté bloqué sur le bateau d’esclaves ancestral, n’appartenant ni au Nouveau ni à l’Ancien Monde.

Nos identités sont formées d’un vaste éventail de petites et de grandes choses qui nous définissent et nous procurent une assise. Le nom que l’on nous donne est important. Ces noms font plus qu’identifier la couleur de notre peau. Ils reflètent notre parcours et nos connaissances. Je n’ai aucune idée de ce que ce serait d’arriver à l’âge adulte dans un nouveau pays et de devoir m’intégrer dans une culture différente, souvent peu accueillante. Je n’ai pas non plus envie de manœuvrer à travers les attentes des personnes qui supposent que c’est ma réalité. Que nous soyons ici par choix ou de naissance, nous sommes Canadiens. À l’instar de mes concitoyens d’origine italienne, allemande ou autre, je suis fière de profiter des richesses de mon histoire caribéenne.

Donner le ton
Je ne blâme pas les gens qui se sentent confus ou même frustrés par l’évolution des termes à employer. Ces changements sont légion et s’accompagnent souvent d’une palette d’explications déroutantes et (parfois) contradictoires. J’ai passé de nombreuses années à expliquer à mes amis et voisins que je n’étais pas « de couleur », mais « Noire ». Puis, un collectif bien intentionné a décidé que l’expression « personne de couleur » était acceptable. Des années plus tard, après que les termes « minorité visible » et « communautés racialisées » sont passés à l’usage, le mouvement Black Lives Matter a fait irruption dans les médias avec le terme « personnes Noires, autochtones et de couleur » (BIPOC, en anglais). À ce moment, il était devenu plus important de reconnaître qu’un nombre disproportionné de personnes de couleur et d’Autochtones étaient incarcérées et attaquées par la police ou se voyaient refuser l’accès aux soins de santé (la liste des discriminations est longue), que leurs réalités étaient différentes de celles des autres. Le débat sur le bien-fondé du « N » majuscule dans le mot « Noir » s’alimente à la même source. L’utilisation de la majuscule initiale est une tentative de reconnaître l’histoire commune de violence, d’oppression, de créativité et de triomphe. On pourrait croire qu’il s’agit d’une simple question grammaticale, mais son utilisation couvre en fait une multitude d’expériences jusque-là ignorées ou niées.

Ces conversations reflètent une dynamique sociale complexe et en constante évolution. On ne peut pas simplement affirmer que les opinions varient ou que les esprits ont changé. Au fond, elles reflètent des connaissances nouvelles et une prise de conscience croissante. De plus en plus de voix se font entendre, ce qui se traduit par l’adoption de nouvelles mesures et la collecte de nouveaux renseignements. On peut par exemple penser qu’il est difficile de parler de la violence disproportionnée de la police à l’encontre des personnes ACB lorsque les autorités refusent de consigner la couleur de la peau dans leurs rapports. Il a fallu un collectif de journalistes intrépides travaillant à l’échelle nationale pour recueillir, compiler et suivre le nombre de personnes ACB abattues par la police avant que ces chiffres ne forcent les autorités à reconnaître la réalité. Forts de ces faits – les preuves des effets du racisme – les gens pouvaient soudainement être entendus lorsqu’ils disaient « Ne m’appelez pas comme ça. Ne me confondez pas avec les membres d’un grand groupe. Mon vécu est différent. »

Le choix des mots est important. Le terme ACB (si vous préférez), plutôt que Noir, n’est pas une nouvelle expression politiquement correcte. Il s’agit d’un reflet respectueux des parcours très réels et très différents de personnes qui peuvent n’avoir en commun que des teintes de peau similaires.

Auteure: est spécialiste de la communication; elle travaille et vit à Ottawa.

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