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Le VecteurConversations sur la santé mentale

Nous avons demandé à de vrais praticiens ce qu’ils pensaient de la série télévisée Thérapie vérité (Shrinking, en anglais) portant sur la thérapie, le deuil et les difficultés personnelles.

Au cours de la première saison de la populaire série qui se terminera bientôt, nous avons suivi le personnage principal Jimmy (Jason Segel), dans toute sa faillibilité humaine, qui dépasse les limites de sa profession avec ses clients, tente de surmonter un deuil et s’appuie sur ses collègues thérapeutes, Gaby (Jessica Williams) et Paul (Harrison Ford), qui traversent eux aussi diverses épreuves. Quel est le dénouement? Est-ce que tous les personnages se réalisent pleinement? Ce genre de scénarios arrive-t-il dans la vraie vie? Nous avons interrogé quelques experts pour connaître leur point de vue.

Les trois personnages principaux échangent souvent les uns avec les autres après avoir géré des situations difficiles avec des clients. Cette manière d’établir des connexions est présente dans bien des milieux de travail. Dans ce cas, il semble que les thérapeutes consultent des thérapeutes. S’agit-il d’une dynamique courante?
En bref, absolument. En tant que thérapeute, je pense que le fait d’évoluer en communauté est nécessaire au processus de guérison de l’être humain. 

De nombreux praticiens ont été naturellement attirés par ce travail, car, tout comme leurs clients, ils vivent activement les fluctuations de l’expérience humaine, avec ses joies et ses peines. L’authenticité de la relation thérapeutique repose en partie sur la capacité du thérapeute à être présent pour chacun de ses patients, à travers les expériences agréables et désagréables.

À vrai dire, il est très difficile d’accompagner les clients et de les aider à témoigner avec compassion de leurs blessures émotionnelles si nous ne sommes pas prêts à faire de même. Cette démarche doit être intégrée, devenir un mode de vie qui encourage nos clients à prendre soin d’eux-mêmes pendant que nous adoptons des méthodes qui nous soutiennent également en tant que praticiens. Cela nous aide à établir et à renforcer nos limites émotionnelles et à favoriser la sécurité; ainsi, en veillant à notre propre bien-être, nous évitons d’entraver le cheminement de notre client. 

Cette dynamique est souvent illustrée dans les scènes avec Jimmy, qui se montre frustré par le rythme de changement de son client. Au fur et à mesure que la série progresse, nous apprenons qu’il a « engourdi » ou réprimé ses émotions depuis le décès de sa femme et qu’il a du mal à faire son deuil. 

Sara Smith

Sara Smith est psychothérapeute autorisée au sein du Live Free Black Therapist Collective.

En tant que thérapeute, disposer d’un espace où l’on vous aide à faire face aux parties les plus vulnérables de vous-même vous permet de vous présenter à vos clients en tant qu’être humain ayant un savoir expérientiel, disposé à les accompagner sur leur chemin de guérison.

J’obtiens régulièrement le soutien de mes pairs et je consulte mon propre thérapeute. Le maintien d’un lien avec des collègues pendant que nous soutenons les clients qui éprouvent des difficultés fait partie intégrante de la façon dont nous, en tant que thérapeutes, prenons soin de nous-mêmes et des autres, y compris des autres thérapeutes, avec compassion. Lorsque Jimmy perd son lien avec Paul à la suite d’un conflit, il en souffre vraiment.

En réalité, je pense qu’il s’agit d’une métaphore de la vie. Nous avons besoin les uns des autres et nous nous épanouissons lorsque nous entretenons des liens profonds et significatifs avec d’autres personnes avec qui nous nous sentons vus, entendus et acceptés. Le fait d’assister à ces interactions à l’écran nous rappelle cette réalité avec éloquence.

Sara Smith est psychothérapeute autorisée, membre du Live Free Black Therapist Collective, à Toronto. Elle est spécialisée dans l’accompagnement des adultes, travaillant sur les impacts profonds des traumatismes sur le corps et l’esprit. L’approche de Mme Smith est fondée sur la prise de conscience corporelle, l’éducation, l’autonomisation et la validation des expériences de ses patients, tout en travaillant avec eux pour élaborer des stratégies d’adaptation efficaces facilitant leur parcours de guérison.

Les protagonistes disposent de bureaux agréables aux tons neutres et apaisants, dignes des plus grandes revues d’architecture. Vos espaces de travail sont-ils aussi agréables? Qu’est-ce qui fait un bon environnement thérapeutique?
Les cabinets présentés dans la série Thérapie vérité sont très spacieux et joliment décorés dans des couleurs neutres. Leur style correspond à une certaine école de pensée pour les cabinets de thérapie : une toile vierge qui laisse de l’espace au client pour penser et imaginer.

Ils sont similaires aux bureaux de thérapie montrés dans Falcon et le Soldat de l’hiver, qui sont censés offrir un espace impartial où l’on ne voit pas du tout la touche personnelle du thérapeute. L’objectif de ce style est de ne rien révéler du thérapeute au client. Dans ce cas, le thérapeute est censé être une partie neutre, à peine une personne aux yeux du client. Il est donc un thérapeute, mais pas un individu à part entière. 

Si de nombreux thérapeutes font ces choix esthétiques et vont même jusqu’à retirer leurs bijoux personnels, par exemple une alliance ou une pince à cravate « meilleur papa », d’autres font l’inverse. Ils choisissent d’afficher leur style dans leur décoration. Il peut s’agir d’affiches de leurs films préférés ou d’objets de collection. L’idée est ici d’être un être humain pour les clients et d’entreprendre un voyage avec eux. 

C’est le style de décoration que je préconise personnellement. Mon objectif est de faire en sorte que mes clients sachent un peu qui je suis lorsqu’ils découvrent mon bureau et qu’ils se demandent s’ils s’entendront bien avec moi.

Il sera intéressant de voir si Jimmy changera le décor de son bureau pour refléter sa nouvelle approche plus ouverte avec ses clients. Paul est très stoïque et distant face aux personnes avec qui il travaille, et il est logique pour lui d’écarter les éléments personnels. Gaby semble se situer à mi-chemin. La décoration générale de son cabinet est assez neutre, bien qu’elle y ajoute quelques touches personnelles qui le rendent plus personnel que ceux de Paul et de Jimmy. Peut-être que ces changements apparaîtront dans la deuxième saison.

Megan Connell, Ph. D., est psychologue autorisée, certifiée par un ordre professionnel, et exerce virtuellement dans plus de vingt États. Elle vit à Charlotte, en Caroline du Nord. Fervente amatrice des ordinateurs et des jeux, elle adore enseigner aux autres à utiliser les jeux de rôle tels que Donjons et Dragons dans le cadre d’une thérapie. Elle se prépare à publier son prochain livre, Tabletop Role-Playing Therapy: A Guide for the Clinician Game Master (Norton, mars 2023).

L’usure de compassion semble être le fil conducteur de chaque histoire. Comment gérez-vous cela dans votre propre vie?
La série télévisée met en évidence notre propre humanité et notre tendance à placer les thérapeutes sur le piédestal du savoir universel. Je reste consciente que je suis aussi un être humain. Je ne suis pas un gourou et, en toute humilité, je demeure vigilante face à ma propre tendance à placer les gens sur un piédestal. Je guide mes clients du mieux que je peux et je me rappelle (souvent) que je ne peux pas contrôler les résultats.

J’ai ma propre équipe de professionnels et d’amis avec lesquels je peux faire le point et prendre soin de ma santé mentale, physique et émotionnelle. Je sais aussi reconnaître les moments où j’ai besoin de soutien, et j’essaie d’éviter de me juger lorsque je ne suis pas au sommet de ma forme. Dans la série télévisée, nous voyons combien Paul a de la difficulté à accepter le soutien de sa fille, ce qui nous rappelle que celui qui aide a lui aussi parfois besoin d’aide. 

Il est essentiel d’imposer ses limites, comme le fait Paul à plusieurs reprises. Lorsqu’il dit qu’il ne fera pas quelque chose, il ne tergiverse pas et ne se justifie pas. Il connaît ses limites et les respecte. 

J’ai mes propres stratégies lorsque je me sens débordée, notamment certaines routines. Comme Liz (jouée par Christa Miller), qui collectionne et polit des pierres pour méditer, je fais jouer de la musique apaisante dans ma maison et je contemple la beauté de la nature par la fenêtre. Cela m’aide à m’ancrer. Lorsque je suis sous la douche, je visualise toutes les pensées qui ne me sont pas salutaires en train de se jeter dans les égouts avec l’eau qui coule sur mon corps. 

Choisir de manger des « aliments qui font du bien », comme j’aime les appeler, est une autre stratégie. Les bleuets sont l’un de mes aliments préférés. Ils fortifient ma santé de corps et d’esprit et regorgent de vitamine C, qui aide à lutter contre le stress. 

Le fait de rire, y compris de moi-même, de ne pas me prendre au sérieux et de me laisser aller remet les choses en perspective et me rappelle la beauté de ce que nous appelons la vie. 

Yvette Murray réside à Tiny Beaches dans la baie Georgienne, endroit qu’elle considère comme son havre de paix. Elle estime qu’être entourée de la nature fait des miracles pour sa santé mentale. Elle est l’auteure de The Mental Health Contagion : Navigating Yourself Through a Loved One’s Mental Well-Being Decline (publication à venir). Elle est militante, conférencière et influenceuse en matière de santé mentale. Elle est également psychothérapeute et formatrice pour le programme virtuel de Premiers soins en santé mentale (PSSM) de la Commission de la santé mentale du Canada. Le programme PSSM est offert aux personnes qui soutiennent autant les adultes que les jeunes et les aînés. Les participants y apprennent notamment à reconnaître un problème de santé mentale chez un proche, à aborder le sujet avec la personne et à obtenir la meilleure aide possible pour elle.

Photo : Les acteurs Luke Tennie, Jason Segel et Harrison Ford dans Thérapie vérité.
Encadré : Sara Smith est psychothérapeute autorisée au sein du Live Free Black Therapist Collective.
Les points de vue et les opinions exprimés dans cet article appartiennent uniquement à l’auteur(e) et ne représentent pas nécessairement les politiques officielles de la Commission de la santé mentale du Canada.

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